La rénovation des logements : des enjeux énergétiques mais aussi de qualité de l’habitat

Le parc résidentiel français ne se renouvelle pas assez rapidement pour améliorer significativement son niveau global. Dans les logements anciens, l’inconfort pour les habitants, voire le danger, s’ajoute au volet thermique. Quelle est la réglementation actuelle ? Comment encourage-t-on les professionnels à rénover ? Comment QUALITEL contribue à l’amélioration de la qualité des logements ?
Les enjeux de la qualité de l'habitat décryptés par nos experts.
Eva PINEAU, Responsable du pôle habitat existant au sein de la Direction des Études et Recherche, nous explique.

1. Pourquoi est-ce important de rénover les bâtiments de logements ?

Actuellement, le parc résidentiel français se compose d’environ 60 % de bâtiments construits avant 1974, c’est-à-dire avant la première réglementation thermique. Après cette date, comme le montre le baromètre Qualitel, la réglementation de la construction des bâtiments a permis de réduire les consommations énergétiques et d’améliorer la qualité de l’habitat en France. Les bâtiments construits avant 1974 quant à eux ne sont pas ou très peu isolés thermiquement et sont donc très énergivores.

 

2. Quels sont les conséquences sur les habitants ?

Pour les occupants, cela pose des problèmes d’inconfort dûs au froid en hiver mais aussi à la chaleur en été. La qualité acoustique n’est pas non plus au rendez-vous dans la plupart des cas (on entend beaucoup les bruits des voisins et des parties communes). Les problèmes d’humidité liés à une mauvaise ventilation sont fréquents et des problèmes de sécurité peuvent aussi se poser, comme la sécurité électrique ou les risques de chute dus à des garde-corps trop bas. Les sources d’inconfort, voire de danger, dans les logements anciens sont multiples et varient selon les époques et les choix constructifs.

Le nombre de logements construits chaque année ne représente que 1 % du nombre de logements existants en France, cela ne suffit pas à améliorer son niveau global. La rénovation des logements est donc nécessaire, pour atteindre un niveau de confort répondant aux standards actuels, mais aussi pour diminuer les consommations énergétiques des bâtiments et ainsi lutter contre le changement climatique.

3. Qu’impose la réglementation ?

Il n’existe pas à l’heure actuelle de réglementation globale de la rénovation mais seulement des exigences réglementaires éparses, qui s’appliquent à un projet selon ce que le propriétaire du bien a décidé d’entreprendre.

  • Tout d’abord, selon le type de bâtiment et l’ampleur des travaux, des diagnostics de l’existant peuvent être exigés (amiante, termites, plomb). Des mesures pourront être prises pour corriger les défauts constatés.
  • Ensuite, la règle qui s’applique est de ne pas dégrader le niveau de sécurité existant et de respecter les exigences actuelles pour tout ce qui est nouvellement installé.
  • S’ajoute à cela le respect de ce que l’on appelle la RT existant (pour « Réglementation Thermique des bâtiments existants ») qui impose, pour les rénovations partielles, d’atteindre un niveau minimum de performance thermique lorsque l’on remplace un élément comme une fenêtre ou une chaudière et, pour les rénovations dites « globales », d’atteindre un niveau de performance énergétique sur l’ensemble du bâtiment.

Cette réglementation différenciée reflète la diversité des « cas » de rénovation, allant de travaux d’amélioration ciblés jusqu’à la rénovation globale d’un bâtiment.

4. S’il n’existe pas de réglementation unique, et pour répondre aux enjeux énergétiques, de sécurité, de confort… comment les professionnels sont-ils encouragés à réhabiliter ce parc ancien pour se rapprocher du niveau de la construction neuve ?

Depuis 2017, deux textes réglementaires renforcent les obligations en cas de rénovation, en introduisant la notion de « travaux embarqués » : lorsqu’un propriétaire prévoit des travaux sur des éléments de l’enveloppe (fenêtres, murs, toiture, etc.), il a l’obligation de traiter les aspects acoustiques et thermiques. Cela implique par exemple l’obligation de réaliser des travaux d’isolation thermique lors d’un ravalement de façade.

Un frein à l’amélioration globale du parc français du point de vue énergétique repose sur le fait que les niveaux demandés par les réglementations thermiques dans l’ancien sont à ce jour assez éloignés de ce qui est exigé en construction neuve. En conséquence, certaines opérations de rénovation peuvent se limiter à des travaux de base, sans rechercher une meilleure performance énergétique, et donc passer à côté d’économies d’énergie potentielles, qui ne pourront pas être rattrapées par la suite. La diversité des cas rencontrés en rénovation explique en grande partie la difficulté à avoir un niveau d’exigence élevé qui s’appliquerait à tous.

5. On constate que la réglementation se focalise sur le volet énergétique, mais dans le cadre d’une rénovation ne doit-on pas s’intéresser à d’autres aspects pour améliorer la qualité de l’habitat ?

En effet, la réglementation met l‘accent sur ce sujet sensible car il est lié au confort des habitants mais surtout à des enjeux qui vont au-delà du logement : les émissions de gaz à effet de serre et la consommation de ressources fossiles. Pour autant, une rénovation qui ne serait qu’énergétique passe à côté de son objectif : les logements sont des lieux de vie, et leur rénovation doit permettre d’assurer le confort et la sécurité de leurs habitants. Ainsi, les nuisances sonores et les polluants présents dans l’air intérieur ont des impacts sur la santé des occupants :

  • Le bruit (des voisins, des parties communes, de l’extérieur…) est une des principales sources d’insatisfaction des habitants dans leur logement. La qualité acoustique ne doit donc surtout pas être négligée ;
  • La qualité de l’air et la ventilation sont également deux aspects essentiels à prendre en compte, surtout dans le cas où le logement possède une bonne isolation et que son air est donc plus confiné.

Pour qu’une rénovation soit efficace et pérenne, il y a l’étape travaux bien sûr mais aussi ce qui se passe après : l’usage des occupants est essentiel pour atteindre les performances visées. Ainsi, des comportements responsables dans son logement en ce qui concerne l’utilisation des équipements, le chauffage (avec un système de programmation/régulation notamment), l’acoustique et la qualité de l’air par exemple permettront de profiter pleinement d’un logement de qualité et confortable. 

6. Alors comment fait-on pour « bien rénover » un bâtiment ?

Il n’existe pas une seule bonne façon de faire car les situations sont très variables. Il est cependant évident que le fait de prendre en compte l’ensemble des dimensions de la qualité de l’habitat est primordial. Dans certains cas de rénovation, cette démarche multicritère n’est pas possible pour des raisons techniques et/ou économiques qui empêchent le traitement de certains aspects. Par exemple, en ce qui concerne l’acoustique, diminuer les nuisances dues aux bruits de chocs sur les planchers peut s’avérer complexe voire coûteux et peu de maîtres d’ouvrage se lancent dans ce type de travaux.

Un autre aspect important est la prise en compte, lors de la rénovation d’un bâtiment, des événements climatiques extrêmes, dont la fréquence et/ou l’ampleur sont en augmentation. Il est en effet nécessaire de se poser la question de la pérennité des équipements ou matériaux installés en cas de canicule, d’inondation ou de tempête.

À lire aussi : Le point de vue de Bertrand Delcambre et l’interview d’Eva Pineau sur les bâtiments résilients

7. Avez-vous des exemples de solutions techniques pour « bien rénover » ?

L’Association QUALITEL a réalisé une étude « Acoustique et Rénovation : étude sur la performance acoustique des bâtiments anciens » et a publié un guide pour accompagner les professionnels dans la prise en compte de l’acoustique pour leurs opérations de rénovation. Ce guide présente, selon le type de bâtiment, des exemples de solutions techniques permettant d’améliorer l’acoustique dans les logements.

Quelles que soient les solutions techniques choisies, leur mise en œuvre doit être soignée et conforme aux diverses règles de l’art pour que la rénovation soit efficace. C’est pourquoi l’implication des entreprises réalisant les chantiers est primordiale. Cela passe par une formation actualisée et par une connaissance générale du bâtiment pour être en mesure de conseiller le maître d’ouvrage et de s’assurer de la compatibilité des travaux des différents corps de métiers entre eux.

8. Une démarche de rénovation globale paraît accessible dans le cas d’un propriétaire unique, comme un bailleur, mais comment faire en copropriété ?

Dans le cadre d’une copropriété, le choix de travaux se fait à plusieurs (ensemble des copropriétaires), par un vote, et à un moment précis : l’assemblée générale. Il est donc en effet plus difficile d’obtenir un consensus et, en l’absence de décision, le choix des travaux peut être reporté d’une année. Il est judicieux dans ce cas de s’appuyer sur les diagnostics rendus obligatoires : l’audit énergétique et le diagnostic technique global (obligatoire pour les mises en copropriété). Ces documents sont des supports de prise de décision.

La présence d’une personne moteur est aussi un facteur de réussite, cette personne pouvant être un ou une copropriétaire ou le syndic, par exemple. Il faut savoir que des points relais info-services ont été mis en place pour accompagner les particuliers dans les travaux de rénovation énergétique et qu’il est utile de se tourner vers eux pour bénéficier d’un accompagnement et de conseils adaptés.

« Copropriétés et travaux de rénovation énergétique : le rôle de la certification ». Téléchargez notre guide (2 MB - PDF)

9. Quel accompagnement existe-t-il pour les maitres d’ouvrage qui se lancent dans une opération de rénovation ?

CERQUAL Qualitel Certification propose une certification dédiée aux opérations de rénovation depuis 2005, et un référentiel spécifique pour la rénovation en copropriété depuis 2010. La certification NF Habitat représente un cadre pour la rénovation de bâtiments de logements, dans un contexte où il n’existe pas de ligne de conduite explicite. Elle accompagne la démarche de rénovation, en permettant au maître d’ouvrage de conforter ou d’adapter son projet en se basant sur un « cahier des charges » élaboré par des professionnels, validé par les différentes parties prenantes du bâtiment et qui prend en compte les évolutions réglementaires actuelles et à venir. 

La certification NF Habitat est centrée sur la rénovation énergétique et fixe un niveau de performance plus ambitieux que le niveau réglementaire. Elle est cependant multicritère et comporte également des exigences essentielles portant sur la sécurité, la santé et le confort. Au-delà de l’aspect « travaux », elle impose au maître d’ouvrage d’informer les occupants, sur les travaux réalisés mais aussi sur le fonctionnement et le bon usage des équipements.