Contre le réchauffement climatique, commençons par rénover les logements

Le point de vue d'Antoine Desbarrieres, directeur de QUALITEL.

+22,7%. C’est malheureusement le surplus des émissions de gaz à effets de serre du bâtiment comparés aux objectifs du gouvernement en 2017. Le secteur fait même figure de mauvais élève puisque l’agriculture fait mieux (+3,2%), et l’industrie est en avance sur les temps de passage (-0,8%) ...

Le logement : 2ème cause des émissions de gaz à effet de serre

Depuis plusieurs mois, les Français, eux, crient leur mécontentement en matière de prix de l’énergie. Pourtant, des solutions leur tendent les bras : c’est chez eux, dans leurs maisons et leurs appartements que se trouve une partie de la solution, pour à la fois faire des économies d’énergie et réduire leur empreinte carbone.

L’habitat est le deuxième responsable des émissions de gaz à effet de serre en France, après le transport. Et les deux-tiers des logements ont une performance énergétique médiocre voire mauvaise (classés de D à G). La marge de progression est donc immense.

Il est temps de faire de la rénovation des logements anciens le chantier du siècle !

Pour cela, il faut commencer par mener une bataille d’opinion et convaincre nos compatriotes de l’urgence et de l’intérêt de passer à l’action. Seulement 9% des personnes interrogées par Opinion Way récemment se disent prêtes à payer pour des travaux de rénovation énergétique. Pour les particuliers, les investissements sont parfois lourds, et les premiers choix se portent plus souvent sur l’amélioration du confort (refaire sa cuisine par exemple) que sur l’isolation de son logement ou le changement de sa chaudière.

Un logement rénové gagne entre +5 et +9% sur le prix de vente, tandis que les biens étiquetés « F » ou « G » subissent une décote de l’ordre de 10 à 15%. Il y a donc bien une « valeur verte » des logements, qui se compte en euros sonnants et trébuchants.

3 façons de mesurer les avantages d’un logement rénové sur le porte-monnaie

Au-delà de l’argument écologique, il faut donc convaincre les Français que des travaux, parfois même très simples, sont un investissement rentable. L’avantage d’un logement rénové peut aussi se mesurer au niveau du porte-monnaie de trois façons.

D’abord sur la réduction des dépenses courantes. 70 % des personnes vivant dans de l’ancien rénové́ (au moins 5 travaux) se disent satisfaites « du niveau des dépenses liées à leur logement ». C’est 13 points de plus que celles qui habitent dans un logement non rénové́, révélait notre baromètre 2018 « habitat rénové, quels réels bénéfices ».

Ensuite sur la valeur intrinsèque du bien immobilier : un logement rénové gagne entre +5 et +9% sur le prix de vente, tandis que les biens étiquetés « F » ou « G » subissent une décote de l’ordre de 10 à 15%. Il y a donc bien une « valeur verte » des logements, qui se compte en euros sonnants et trébuchants.

Enfin, les aides financières ne manquent pas …  mais attention, même moi, lorsque je consulte l’ensemble des offres d’aides fournies par l’État, les collectivités, les agences de l’État… il m’arrive de m’y perdre !

Penser « bouquet de travaux » pour faire une rénovation efficace

Reconnaissons aussi que pour le particulier, la décision n’est pas nécessairement simple. La rénovation énergétique doit donc être « embarquée » dans une réflexion plus globale. Un exemple pour illustrer mon propos. Si la toiture doit être changée, il faut en profiter pour l’isoler, cela reviendra moins cher que d’y revenir quelques années plus tard. C’est en combinant les travaux de rénovation que les effets se font sentir. On observe même qu’à partir de 5 travaux de rénovation un logement ancien obtient un niveau de qualité perçue proche d’un logement neuf. 

Donner aux français l’envie de rénover énergétiquement leur logement

En résumé, donnons envie aux Français de rénover énergétiquement leur logement lorsqu’ils en améliorent le confort et rendons plus lisibles les aides financières. Mais surtout incitons les massivement à faire un diagnostic préalable de leur patrimoine : en vaut-il le coup (le coût) ? Si oui, il ne faut pas hésiter à le rénover par étape en pensant globalement et sur le long terme pour que la charge financière soit plus supportable. Dans ce cadre, le législateur a été bien inspiré en créant le Carnet Numérique du Logement qui pourra accompagner la rénovation énergétique du parc de logements à moyen et long terme.

L’enjeu est immense : l’habitat peut et doit contribuer à atteindre l’objectif de réduire les émissions de CO2 de la France de 35 % à l’horizon 2030. Et à l’heure où chacun se pose la question de l’acceptabilité sociale de la transition énergétique, nous tenons ici un sujet qui devrait faire l’objet d’un consensus national.

 

Antoine Desbarrieres, directeur de Qualitel