L’impact carbone du bâtiment

Le point de vue de Bertrand Delcambre, président de l’Association QUALITEL

En novembre 2016, le ministère du Logement a lancé l’expérimentation du label E+C- (« Bâtiments à Energie Positive et Réduction Carbone »). Avec ce label de performance environnementale des futurs bâtiments, l’Etat envoie un message fort : les bâtiments construits ne devront plus s’inscrire dans la seule recherche de la performance énergétique, héritée des réglementations thermiques successives, mais bien tenir compte également de leur impact « carbone », avec la définition de seuils sur les émissions de gaz à effet de serre.

Une prise de conscience qui s’accélère

Le bâtiment est montré du doigt en tant que grand consommateur d’énergie (avec plus de 40 % des émissions totales) et émetteur significatif de gaz à effet de serre (GES) (+ de 20 %). Les objectifs du Grenelle de l’Environnement (2007-2012) introduisent la réduction des émissions de GES sur l’ensemble du cycle de vie des bâtiments et de la consommation d’énergie en y associant davantage les énergies renouvelables.
Les acteurs de la filière prennent alors conscience de la nécessité d’appréhender le bâtiment et ses impacts environnementaux avec une approche globale et non plus seulement énergétique. La loi Grenelle II acte ainsi le principe d’intégrer des exigences réglementaires liées à la performance environnementale du bâtiment (PEB). En 2012, le test HQE performance, en évaluant la PEB de près de 150 bâtiments, a montré que dans les bâtiments considérés comme des « passoires énergétiques », les émissions de GES en exploitation sont dominantes, alors qu’à l’inverse, dans un bâtiment basse consommation, les émissions en phase construction peuvent dépasser les émissions liées à l’énergie en phase exploitation. Cette analyse a également fait émerger l’impact des consommations énergétiques des occupants (électroménager, hifi, informatique…) et celui des émissions de GES des transports liés à leurs déplacements.

Carbone et évolution des modes constructifs : allons-nous dans le bon sens ?

Parallèlement à cette prise de conscience, les techniques et choix constructifs sont eux aussi en train d’évoluer. Les modes constructifs traditionnels, s’ils doivent être améliorés d’un point de vue « carbone », conservent tout leur intérêt compte tenu de l’expérience acquise en matière de maîtrise de la qualité technique et des coûts. Par ailleurs, parmi les modes constructifs qui se sont développés ces dernières années, les constructions bois permettent par exemple de stocker le CO2 piégé pendant la croissance de l’arbre par photosynthèse, et ce, pendant toute la durée de vie du bâtiment, limitant ainsi les émissions de GES.

Pour QUALITEL, il est essentiel d’explorer les voies de l’écoconception et de l’optimisation des projets : choix des formes architecturales et des systèmes constructifs pour réduire la quantité de matière utilisée ou pour augmenter leur durée de vie, choix de produits et d’énergies moins carbonés, dimensionnement des installations techniques au plus juste, augmentation des possibilités de recyclage ou réemploi, ou encore intensification des usages du bâtiment… En matière d’impact carbone, le label E+C- va quant à lui permettre de vérifier et de fiabiliser les valeurs de référence, de valoriser les maîtres d’ouvrage qui feront des efforts, tout en capitalisant sur les nouvelles techniques et sur la soutenabilité économique de ces bâtiments E+C-.

La nécessaire implication de tous les acteurs

Cette évolution doit se faire à tous les niveaux de la chaîne, dans le cadre d’une réflexion globale, et nécessite donc l’implication de tous les acteurs. La certification accompagne cette démarche de prise en compte des divers impacts environnementaux du bâtiment et s’inscrit pleinement dans ce mouvement pour faire évoluer les pratiques et valoriser les initiatives innovantes.

 

Bertrand Delcambre, président de l’Association QUALITEL